Mon échange universitaire en droit France-Québec en temps de pandémie

Mis à jour : juil. 1


@lou_mrn

Bonjour mes lecteurs. Je vous parle dans cet article de mon expérience étudiante, celle de ma dernière année de Maîtrise en droit. Je vous annonce la couleur, ça devrait être l’une de nos meilleures années étudiantes, en route vers la profession tant attendue, etc., etc… Je ne vous fais pas de dessin ! Certes, ça n’est plus trop d’actualité de se dire que l’on a notre métier de rêve à la sortie des bancs de l’Université, et depuis trop longtemps déjà. Mais ça l’est encore moins lorsqu’on se lance dans une année d’échange international qui se retrouve entachée d'une pandémie mondiale.


La sélection & mes motivations


Lors de ma rentrée en première année de maîtrise à l’Université Clermont Auvergne, la possibilité de partir étudier au Québec l’année suivante m’a été présentée. C'était la première fois que l’échange entre l’UCA (ma faculté française) et une faculté québécoise se faisait dans ma spécialité, qu’est le droit du travail. J’avais donc l’opportunité de partir étudier à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) en Master 2. Je suis rentrée chez moi, j’ai parlé de cette opportunité à mon chéri et je me suis lancée dès la semaine d’après dans les démarches de sélection. Ça n'était pas une partie de jeu gagnée, comme pourrait en témoigner ma camarade. Les bénéfices de l'échange étudiant n'étant pas démontrées, étant la première année, il a fallu convaincre quelque peu d'enseignants.


Le fait que ce soit la première année d’échange en droit social (droit du travail & de la protection sociale) était un signe pour moi. Le Québec était la destination de notre premier voyage avec mon chéri, en 2018, et nous avions eu le coup de cœur. C’était comme une évidence de se lancer dans ce challenge. J’avais envie d’y vivre, et j’avais aussi surtout très envie d’apprendre le droit d'une autre façon. Au Québec, les cours se déroulent sous une forme différente qu'en France. En maîtrise, une séance est divisée en un petit cours magistral, suivi d’une phase plus importante de débats entre les étudiants. C’était pour moi très intéressant de développer mes connaissances internationales du droit du travail, en améliorant ma capacité de comparaison et d'analyse. Les débats ne me faisaient pas peur, j’intervenais bien en travaux dirigés en France alors je ne voyais pas de frein à intervenir en cours à l’UQÀM. Tout en sachant que le droit du travail est une matière très politisée, mouvante au gré des décisions gouvernementales, c’était pour moi la possibilité de pousser mes connaissances politiques et sociales québécoises. Aussi, les examens de la maîtrise ne sont pas sous forme de partiels, mais des travaux de recherches. Un travail de fin de session (semestre) doit être remis pour chaque cours, consistant en un projet de recherche, suivi par les professeurs.


Quant aux modalités d'obtention de mon diplôme, les contours étaient flous puisque c’était la première année d’échange. Il aurait été préférable que je fasse un ou deux stages, tout comme la plaquette du Master français le prévoit. Cependant, pour effectuer un stage au Québec il faut avoir un visa spécial, chose que je ne savais pas avant de demander mon visa étudiant classique. Bref, ça n’est pas très grave puisque je ne compte pas rentrer exercer en France après mon diplôme. Il importait donc de répondre aux mêmes conditions que les étudiants clermontois, mais ces détails seront sans aucun doute prévus pour les années d’échange à venir. Ainsi, je dois rédiger un mémoire du double de pages que mes camarades français, qui sera corrigé par un professeur de l’UCA l’ayant accepté. Mais, ce mémoire a été forgé suivant un cours de méthodologie obligatoire de l’UQÀM. Disons que ce sera donc un travail de recherche ambivalent, qui ne me fait pas perdre mes ambitions de sélection.

L’arrivée de la pandémie & le chamboulement de mes attentes


Après avoir été sélectionnée pour effectuer cette année d’échange international, monsieur Coco-19 a pointé le bout de son nez. L’échange n’a pas été annulé de la part du Québec, mais les départs ont été annulés par la France. Je devais donc prendre la décision suivante : m’inscrire au Master 2 Droit social de l’UCA, ou bien poursuivre cet échange à distance. Mon chéri avait débuté ses recherches d’emploi infirmier à Montréal, presque conclues par un contrat de travail… Je ne me voyais pas tout arrêter maintenant, et j’avais vraiment pour ambition de partir. J’ai donc décidé de suivre cet échange à distance, choix n’étant pas le plus simple à suivre. Les cours étant de 18h à 21h à Montréal, ils passaient de 00h à 3h du matin en France.

Toutefois, l’UQÀM a été très prévoyante à ce sujet, permettant de suivre les études même à l’autre bout du monde. Les professeurs ont été très compréhensifs, et nous ont permis avec ma camarade de suivre les cours en différé. J’avais donc un cours le lundi après-midi (créneau français), et l’autre cours enregistré à regarder selon mes horaires personnels. Je devais tout de même rédiger des commentaires de mes lectures pour chaque semaine, et ça me donnait le sentiment de participer.


C’était difficile d’être deux élèves françaises, ayant l’impression d’être perdues et lâchées dans une zone étrange qui s’appelle zoom. En fait, mon année étudiante j’avais le sentiment de la vivre entre la France et le Québec, sur une plateforme internet. Ce n'était pas non plus très évident de ne pas connaître ma promo. Et encore, moi je les voyais sur mes cours enregistrés, mais eux n'avaient jamais vu nos visages avant la deuxième session. Les deux élèves fantômes ! Je suis quand même reconnaissante de ne pas avoir été seule dans cette drôle d'aventure, et d’avoir eu des professeurs très compréhensifs.

Ma dernière session d’études & mes difficultés à faire face


Pour la 2ème session, j’ai pu me rendre sur place, à Montréal. Cependant, je savais que je ne verrai pas les couleurs de la vie étudiante à l’UQÀM, puisqu’elle restait fermée. Je suis passée de 2, à 3 cours avec ma rédaction de mémoire en plus. J’ai le sentiment que cette session est la plus difficile de mes études, non pas en apprentissage, mais en intégration et en participation. Je suis à la même heure que les étudiants québécois dorénavant, et je ne participe pas : je fais un sacré blocage sur zoom, et je n’arrive pas à intervenir.

À ce moment-là, je suis toujours en train de refaire le monde. Si je reprends mes attentes lors de ma sélection, je reste persuadée que les études à l’UQÀM en présentiel m’auraient offert bien des opportunités. J’ai beau essayer d’apprendre le droit québécois en parallèle de mes cours pour approfondir, je n’arrive pas à intervenir lors des débats puisque je n’ai pas assez de matière que les autres. Il faut savoir qu’en maîtrise au Québec très souvent, les étudiants sont déjà dans le monde du travail depuis quelques années et cherchent ici à se performer. Ils ont donc une expérience professionnelle, un vécu et savent de quoi ils parlent. Autant ces échanges enrichissent beaucoup mon savoir juridique québécois, autant je suis fermée. Et je reste persuadée que le présentiel m’aurait permis d’apprendre beaucoup de mes camarades, professeurs et d’une ambiance d’études. C’est malheureusement la même galère pour tous les étudiants durant cette période. Je sais que certains préfèrent la visio, alors que d’autres n’y arrivent pas tout comme moi.


Je ne dramatise pas, puisque ces études ce sont mes choix. J’assume entièrement d’avoir pris ces risques, en y ajoutant celui de chercher ma première expérience professionnelle au Québec. Je tiens simplement à en parler, et à partager ces difficultés qui ont été les miennes. C’est quand même triste de se dire que cette dernière année d’études se déroule de cette façon. Cependant, les aménagements faits ont été remarquables puisqu’ils m’ont permis de venir vivre ici, à Montréal.


Vivre sa réussite, loin des siens


La maîtrise, ce sont les vrais premiers choix individuels que j’ai fait sur ma carrière. J’avais décidé de ne pas partir trop loin de chez moi en licence, puis j’y suis finalement restée toute ma licence pour bénéficier des avantages d’une petite université de proximité. On a emménagé ensemble avec Théo, et les choix sur le futur se sont dessinés à 2.

Pour ma 1ère année de master, j’ai postulé dans 5 universités. J’ai été sélectionnée dans plusieurs, dont Tours, mais j’ai choisi celle de Clermont-Ferrand. Mon chéri m’a dit « choisi celle que tu veux, si tu m’amènes proche de la montagne je serai encore plus heureux, mais je te suis ». La première étape était donc l’Auvergne. Et je n’ai absolument aucun regret ! Quant au choix de me lancer dans les sélections québécoises, il est vraiment de mon initiative, puis la nôtre (de couple). J’ai pris mes décisions universitaires de Master, et notre couple a toujours suivi.

Mais c’est surtout pour dire que ces choix, et les réussites qui en ont et vont en découler, je les dois à moi-même. C’est ma réussite, et j’en suis fière. Ce n’est par exemple pas le choix de mes proches, pour qui ça a été difficile de me voir partir, et qui attendent certainement mes résultats pour me féliciter, et pour indirectement me monter dans leur estime. À distance, pour moi personnellement, c’est beaucoup plus facile de savourer pleinement cette réussite personnelle, avant d’avoir des résultats officiels et de l’annoncer à mes proches. Ce sont mes choix, mes réussites et je savoure plus individuellement chaque moment.


Avantages et inconvénients d’être en échange étudiant au Québec


Être étudiante à l’UQÀM ou bien être en échange universitaire à l’UQÀM n’apporte pas les mêmes droits, dans d’autres universités non plus d’ailleurs. Ces différences reposent sur un fait : nous ne payons pas les frais de scolarité comme les étudiants directement inscrits lorsque nous sommes en échange. Toutefois, j’ai quand même eu largement accès aux services étudiants, tels que les bibliothèques en ligne notamment. J’ai également ma carte étudiante de l’UQÀM, qui me permet d’accéder au centre sportif gratuit pour les élèves. J’ai aussi acheté ma carte OPUS étudiante (carte de transports à Montréal) qui me permet d’avoir une grosse réduction sur le forfait mensuel de la STM. J'avais également accès aux bibliothèques étudiantes, mais je ne m'y suis pas rendue (merci Coco).


Je dirai finalement que les principales différences concernent l’immigration. Effectivement, je ne vais pas avoir le droit à un permis post-diplôme, puisque je n’aurai pas de diplôme canadien, mais bien français dû à cet échange. Ça complique un petit peu la tâche. Étant donné que je suis en couple et que nous habitons ensemble depuis plus d’un an, considéré comme conjoint de fait au Québec, je vais pouvoir demander un permis de travail ouvert relié à lui, parce que son emploi correspond aussi aux caractéristiques souhaitées. Je n’ai également pas pu faire de stage, puisqu’il faut un permis étudiant de « stage coop », sur tirage au sort. Ce n’est pas ici un problème d’échange étudiant ou d’inscription réelle au Québec, puisque même les étudiants étrangers inscrits doivent demander ce permis. Toutefois, sur une période aussi courte qu’un semestre d’échange, je n’ai pas voulu payer ce permis au risque de ne pas être tirée au sort dans les mois qui suivent. C’est un choix personnel, mais selon les informations du service des relations internationales, les chances d’être sélectionné pour le stage coop sont quand même assez fortes.


Pour conclure sur ces avantages et inconvénients, je pense que les avantages sont suffisamment comparables aux étudiants ayant payé les frais d'inscription, et je pense que ça en vaut la peine de s'inscrire en échange étudiant. Dans la philosophie du truc, ça permet tout de même de rester un étudiant français, et de développer toutes ses capacités d'analyse critique et de comparaison d'un nouveau système étudié. Attention, toutefois à ne pas tomber dans l'excès et à comparer sa vie quotidienne. C'est une belle expérience, qui aurait été encore plus belle hors pandémie, mais qui m'aura repoussé dans mes limites.


📚 À vos commentaires : vos études, votre échange étudiant, vos retours sur mon expérience... Je vous lis, et je vous réponds !


À bientôt,